Le débat de la semaine

L'Allemagne a-t-elle supplanté l'Espagne ?

Commentaire(s)

Alors que le Bayern Munich et le Borussia Dortmund se sont tous deux qualifiés pour la finale de la Ligue des champions, respectivement, au détriment du FC Barcelone et du Real Madrid, une question nous a semblé légitime à soulever, cette semaine, au sein de notre rédaction : L'hégémonie du football espagnol serait-elle en passe de disparaître, au profit d'une nouvelle ère allemande ? Tour à tour, nous vous livrons donc nos points de vue sur le sujet en vous invitant, vous aussi, à vous exprimer via le fil de commentaires de cet article destiné à vous donner la parole ! :)

L.P, rédacteur en chef MadeIn : Félicitions-nous, tout d'abord, d'avoir eu les quatre meilleures équipes Européennes en lice en demi-finales de la Ligue des Champions. Ces quatre formations qui prônent un jeu offensif et qui font la part belle à un collectif soudé, dans lequel s'expriment au mieux des individualités de talent. Après ce constat d'introduction, il est de bon ton de noter que la rigueur allemande semble avoir pris le pas sur la technique espagnole.

Le Bayern Munich n'a, ainsi, eu aucun mal à se débarrasser d'un FC Barcelone sans génie, déjà bien contrarié contre le Paris Saint-Germain. Ceci s'explique simplement par l'absence de Lionel Messi. L'Argentin est le détonateur des Blaugranas, impulsant toutes les actions. En son absence, le jeu Catalan fait de possession de balle, s'apparente plus à un schéma de handball où l'on tourne autour de la défense, mais sans jamais parvenir à faire la différence. Autre point important qui nous a sauté aux yeux, la puissance physique des Munichois. Ceux-ci ont une capacité impressionnante à répéter les efforts, qu'ils soient défensifs ou offensifs. Il serait intéressant, à ce titre, de connaître les VO2 Max des différents joueurs Bavarois. Le Barça a, selon moi, aussi payé son manque de profondeur de banc.

Concernant la double opposition entre le Real Madrid, et le Borussia Dortmund, je serais plus mesuré. Le Borussia est une équipe qui envoie du jeu, et ce peu importe l'adversaire. Mais leur domination a été, tout du moins au match retour, beaucoup moins impressionnante que celle de leurs homologues Bavarois. Là-aussi, le joueur clé est passé au travers. Cristiano Ronaldo, comme Messi, n'était pas en pleine possession de ses moyens puisque blessé.

Pour finir, et répondre à notre question de la semaine, je ne pense pas que l'Allemagne ait, encore, supplanté l'Espagne. Ces quatre top teams étant très proches. Mais avec l'instauration du fair-play financier, cela pourrait arriver beaucoup plus vite que prévu.

Anthony NW Normand, journaliste MadeIn :

Croire en une nouvelle hégémonie allemande serait prématuré. Pour une raison simple : l'histoire ne retient que les vainqueurs. Aussi, les allemands ne pourront pas se contenter de soulever la Ligue des champions, en fin de saison, pour asseoir leur domination. Ils devront également rapporter le prochain Euro ou, plus tôt, la prochaine Coupe du monde. Un exploit qui semble aujourd'hui à leur portée.

Quoi qu'il en soit et pour revenir, plus précisément, sur les demi-finales de Ligue des champions des clubs de Bundesliga face à leurs homologues de Liga, on peut dire que l'une des deux fût édifiante et l'autre, plus anecdotique. En effet, perdre un match arrive à tout le monde, le Real s'est planté à l'aller face à Dortmund et s'est repris au retour : bref, ce n'est pas la fin du monde (mais d'une compétition, hélas). En revanche, concernant le FC Barcelone... On ne perd par 7-0 (sur deux matchs, ok) quand on s'appelle le Barça sans avoir à en tirer des conclusions. Et la mienne est sans appel : Le Bayern, c'est plus fort que le Barça !

Cela se voyait depuis quelques temps, mais il fallait que les deux clubs s'affrontent pour nous en donner enfin la preuve. Et cette dernière fût particulièrement cinglante ! Aussi, quand on sait que Pep Guardiola vient de signer au Bayern et que son enveloppe, pour le prochain mercato, s'élève à 278 millions d'euro (du jamais vu, de mémoire), on peut raisonnablement croire en l'avènement d'une nouvelle ère munichoise, au moins en Ligue des champions.

A titre personnel, est-ce que cela me fâchera ? La réponse est non. Il me faut bien vous le dire, j'en avais un peu ma claque de cette glorification du jeu à la barcelonaise, trop axé sur la précision chirurgicale des passes et bien trop peu impressionnant d'un point de vue athlétique. Je suis français, j'aime le sang, la castagne et le football viril. Les duels mesquins de Cristiano Ronaldo, les frappes surpuissantes de Zlatan Ibrahimovic : ça c'est mon truc ! A ce titre, les contres en trente secondes me feront toujours bien plus vibrer que les actions construites sur trois minutes. Et métaphoriquement, on peut le dire... Celui du Bayern à l'encontre du Barça fût sans doute le plus excitant de la saison !

Nicolas De Almeida, journaliste MadeIn :

Je ne pense pas qu'il faille mettre l'Espagne au placard en raison de l'élimination de ses deux clubs phares au stade des demi-finales. Certes l'équipe catalane nous a moins fait rêver que les années précédentes, mais elle reste évidemment un modèle, surtout au niveau de la qualité de jeu. A mon sens, Barcelone s'est juste frotté à une équipe bavaroise en pleine bourre et surtout en pleine confiance qui a étalé toute la panoplie de sa culture offensive. Le jeu est moins séduisant mais tout aussi (voire plus) efficace. La principale défaillance du Barça reste le secteur défensif cette saison. Tito Vilanova a souvent été contraint de composer des lignes de défense hasardeuses qui n'ont pas tenu la route. Concernant le Real je ne pense pas qu'ils aient rencontré un Borussia supérieur. Seulement ils ont très mal négocié le match aller et se sont réveillés à la fin lors du match retour alors qu'ils auraient pu marquer plus de buts, à condition d'être réalistes...

Ce n'est pas non plus, selon moi, une question de génération parce qu'il est vrai que les joueurs du Barça prennent de l'âge mais au Bayern la moyenne tourne autour de trente ans. Il n'y a que le Borussia qui est selon moi un digne représentant du football allemand qui a, sous la coupe de Joachim Löw, donné sa chance aux nouvelles générations et a donc fait éclore de très bons jeunes joueurs tels que Hummels, Reus, Bender, Gundogan ou encore Götze. Mais concernant ce dernier, on sait déjà qu'il rejoindra les rangs du Bayern la saison prochaine. Il sera également primordial de voir la gestion du club sous les ordres de Guardiola et on peut s'attendre à un véritable choc des cultures.

Brice, journaliste MadeIn :

Depuis quelques années, le football allemand se base sur un jeu tourné vers l'offensive, prônant les gestes spectaculaires et les frappes lointaines. Aujourd'hui, la Bundesliga est un championnat sain sur le plan financier, où le modèle économique ne favorise pas l'endettement à outrance de ses clubs. Le championnat allemand continue son ascension année après année, au point de placer deux équipes du pays en finale de la Ligue des Champions, après avoir éliminé les deux ogres espagnols du football européen, le FC Barcelone et le Real Madrid.

Maintenant, est-ce que la suprématie montrée cette année en Europe peut se confirmer dans les prochaines années ? Je ne pense pas puisque le Bayern Munich fait son mercato au sein même de la Bundesliga, affaiblissant leurs concurrents et le niveau global du championnat allemand. Quant au Borussia Dortmund, il compte céder la plupart de ses joueurs cadres cet été, comme en témoigne la vente de Mario Gotze au club bavarois la semaine dernière.

Le championnat espagnol reste, certes, une référence en Europe, mais les défenses doivent être sensiblement améliorées, en Liga comme dans les grands clubs espagnols, à Madrid et à Barcelone. Sur la double opposition contre les clubs allemands, l'Espagne a encaissé 11 buts en demi-finale de la Ligue des Champions, un chiffre ahurissant quand on connaît le niveau de jeu requis à ce stade de la compétition.

Jules Autef, journaliste MadeIn :

Même si, sur ces deux oppositions, aucune contestation n'est possible quant à la supériorité des allemands, je ne crois pas qu'il faille s'attendre à une suprématie de ces derniers sur plusieurs années, du moins pas tout de suite...

Selon moi, le FC Barcelone reste la meilleure équipe au monde. Le Bayern Munich, bien qu'impressionnant dans le jeu, n'a su que profiter d'un coup de moins bien des catalans, mais aussi et surtout de l'absence d'un homme qui survole le football mondial depuis quatre ans ; Lionel Messi. En ce qui concerne l'autre demi-finale, bien qu'admiratif du jeu déployé par le Borussia Dortmund et du travail de Jürgen Klopp depuis quatre ans pour construire cette équipe, je ne pense pas que le Borussia ait été supérieur au Real Madrid sur l'ensemble des 180 minutes jouées.

Je pense donc que le football allemand a rejoint le football espagnol, sans le dépasser pour autant, même si cela pourrait se produire prochainement, notamment avec l'arrivée du fair-play financier, qui obligera les clubs européens à équilibrer leurs finances, ce que l'on fait mieux Outre-Rhin que de l'autre côté des Pyrénées.