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Mais où est passé Jonathan Ikoné ?

Reverra t-on le Jonathan Ikoné de 2018-19 un jour ?
Reverra t-on le Jonathan Ikoné de 2018-19 un jour ?

Aussi époustouflant par moments qu’agaçant bien trop souvent, Jonathan Ikoné voit sa carrière stagner depuis deux saisons. Réveil lillois ? Départ à l’étranger ? À 23 ans, le joueur de grand talent formé au PSG est attendu au tournant.

Mercredi, nous sommes à quelques minutes du coup d’envoi du match entre le LOSC et le Séville FC quand, pendant l’échauffement, Canal + braque ses caméras sur Jonathan Ikoné. Déjà remplaçant à Salzbourg, le milieu de terrain offensif de 23 ans s’apprête à débuter son deuxième match consécutif sur le banc en Ligue des Champions. Clairement mécontent, le natif de Bondy rumine. Accompagné de Xeka, il bougonne et ne met que très peu de cœur à l’ouvrage. Tout un symbole.

Du talent à revendre dès ses débuts au PSG…

Jonathan Ikoné, c’est d’abord l’histoire d’un gamin pétri de talent. Fort d’une patte gauche délicieuse ainsi que de qualités de volume de jeu certaines, ce titi formé au PSG fait son apparition dans le monde professionnel à l’été 2016. Sous l’égide d’Unaï Emery, fraichement arrivé à Paris, le gamin est auteur d’une présaison prometteuse. À tout juste 18 ans et alors qu’il vient de signer son premier contrat professionnel, « Jorko » a même droit à ses premières apparitions sous le maillot parisien. Entré en jeu pour deux petites minutes à Ludogorets en Ligue des Champions (1-3), il fête sa première titularisation en Ligue 1 deux semaines plus tard à Nancy (1-2). Ce jour-là, aux côtés de Lucas, Edinson Cavani ou encore Marco Verratti, Jonathan Ikoné est l’un des meilleurs parisiens du match. Pour autant, le match face aux Lorrains n’est qu’un épiphénomène. Au sein d’un effectif XXL, le jeune milieu offensif n’a droit qu’à quelques secondes de jeu par ci par-là. Au mercato d’hiver, le voilà contraint, comme la plupart des titis parisiens, de s’exiler pour trouver du temps de jeu. Le gamin s’envole pour Montpellier. Dans l’Hérault, « Jorko » s’installe véritablement en Ligue 1. Titularisé à sept reprises par Michel Der Zakarian sur la phase retour, le gamin montre par quelques fulgurances de quoi il est capable. De retour au PSG à l’été 2017, il assiste bouche-bée aux deux transferts de Neymar et Kylian Mbappé dans la capitale. De quoi finir de boucher un horizon déjà bien sombre au sein de son club formateur. À l’affût, Montpellier sollicite un nouveau prêt. Si l’opération a tout du très bon choix, les choses ne se passent finalement pas comme prévu. Moins investi, Jonathan Ikoné ne joue que très peu. Pire, il est même envoyé en réserve par Michel Der Zakarian. Du 9 septembre au 16 décembre, il n’apparaît plus avec l’équipe première. Si la deuxième partie de saison est de meilleure facture, toujours pas de quoi sauter au plafond. À l’été 2018, alors que son aventure héraultaise vient de se terminer, Jonathan Ikoné espère bien trouver chaussure à son pied loin du PSG.

…mais une irrégularité permanente

À Lille, Christophe Galtier l’apprécie énormément. Après avoir maintenu le club nordiste in-extremis, l’ancien entraîneur de l’ASSE compte bien bâtir une équipe séduisante et rafraichissante. Au cœur de la stratégie de trading de son président Gérard Lopez, le technicien originaire des Bouches-du-Rhône ambitionne de faire de Jonathan Ikoné l’un des fers de lance de son projet. Convaincu, le Parisien de 20 ans est transféré à Lille en échange de 5M€. Dans le Nord, la mayonnaise ne tarde pas à prendre. Numéro 10 dans le 4-2-3-1 de l’ancien entraîneur de l’ASSE, Jonathan Ikoné régale et se fait plaisir aux côtés de Nicolas Pépé et Jonathan Bamba (3 buts, 10 passes décisives en 38 matchs de L1) . D’août à mai, la BIP-BIP terrorise les défenses du championnat. Décomplexés, les jeunes Dogues profitent de la vitesse et de l’explosivité de leurs trois flèches pour piquer en contre. La réussite est totale. Après une année passée à lutter pour rester dans l’élite, le LOSC passe la quasi-totalité du championnat 2018-19 à la deuxième place de la Ligue 1. Premier lieutenant de Nicolas Pépé, Jonathan Ikoné fait preuve d’une régularité que l’on ne lui connaissait pas jusque-là. Contre toutes attentes, le LOSC termine dauphin du PSG. A l’intersaison, la faute à la stratégie de trading prônée par Gérard Lopez, alors propriétaire du club, les deux meilleurs joueurs du LOSC Nicolas Pépé et Thiago Mendes quittent le navire. En contrepartie, Victor Osimhen et Benjamin André rallient le Nord. Lors de la présaison, Christophe Galtier choisit de laisser son 4-2-3-1 pour un 4-4-2 à plat classique. Jusqu’ici axial, Jonathan Ikoné se trouve désormais exilé sur l’aile droite.

Jonathan Ikoné découvre l'équipe de France grâce à Lille en 2019

Fin août, il est sélectionné pour la première fois en Équipe de France par Didier Deschamps. Buteur pour sa première cape face à l’Albanie, il est passeur lors de la deuxième pour l’ouverture du score de Kingsley Coman face à Andorre. Le rêve se poursuit. Toutefois, en club, le LOSC est moins flamboyant. Si les Dogues tiennent tout de même leur rang en Ligue 1, en Ligue des Champions, ce n’est pas la même limonade. Dans une poule composée de Chelsea, l’Ajax et Valence, José Fonte et ses partenaires ne décrochent qu’un petit point. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir montré des choses intéressantes par séquences. Sur son aile, Jonathan Ikoné est le meilleur lillois de la campagne européenne. Toutefois, déjà, le petit numéro 10 n’a pas le même rendement que lors de la saison précédente.

En mars 2020, alors que le LOSC figure à la quatrième place de Ligue 1, portée par un très bon Victor Osimhen, le Covid siffle la fin de la récréation. À la reprise, si le LOSC redémarre sur les chapeaux de roues, Jonathan Ikoné a quant à lui plus de mal à retrouver son niveau. Peu convaincant lorsqu’il démarre, l’ancien joueur de l’AS Bondy et du PSG doit un temps se cantonner à un rôle de joker de luxe. Devant lui, Luiz Araujo et Yusuf Yazici cartonnent respectivement en Ligue 1 et en Ligue Europa. S’il est toujours capable de fulgurances exceptionnelles, Jonathan Ikoné traîne la patte et est auteur d’un nombre bien trop important de mauvais choix. Sur le bord de la touche, son langage corporel agace Christophe Galtier. Paradoxalement, le LOSC lui, carbure et culmine même en tête au classement. Bien moins étincelant que ne pouvait l’être le 4-2-3-1 en 2018-19, le 4-4-2 de Christophe Galtier est efficace et gagne. Portés par une colonne vertébrale Maignan-Fonte-André-Yilmaz, les Lillois capitalisent sur une défense de fer et finissent par décrocher le quatrième Hexagoal de leur histoire. Si les Dogues viennent de réaliser une performance collective exceptionnelle en décrochant le titre de champion de France au nez et à la barbe du PSG, individuellement, Jonathan Ikoné est passé au travers de son exercice.

Le départ du LOSC comme solution pour Ikoné ?

Paradoxalement, à l’intersaison, la question d’un départ ne s’est pas vraiment posée, la faute à une absence d’offres concrètes notamment. Sagement, Jonathan Ikoné a donc assisté à la nomination tardive de Jocelyn Gourvennec au poste d’entraîneur. « Je lui ai dit que je trouvais vraiment dommage qu'il n'ait pas pu s'exprimer davantage la saison passée, alors que le LOSC a été champion de France. Et que je trouvais dommage qu'il ait perdu sa place en équipe de France une année de Championnat d'Europe, alors qu'il avait été champion. Je lui ai dit qu'on croyait en lui, ici, et que s'il en avait la volonté, je serai le premier à l'aider à retrouver ses meilleures sensations. » avait d’ailleurs déclaré l’ancien technicien guingampais au sujet de son milieu offensif en septembre. Pourtant, dans la lignée de la saison dernière, le joueur de 23 ans ne semble pas donner la pleine mesure de son potentiel. Face à Nice, lors de la deuxième journée, il sort à la mi-temps, faisant les frais de la première période complètement ratée des Lillois. Non-titularisé à Saint-Étienne et face à Montpellier, Jonathan Ikoné retrouve une place dans le onze à Lorient. Encore et toujours auteur de trop nombreux mauvais choix, il ne permet pas aux siens d’éviter un quatrième match sans victoire sur les cinq premières journées. À sa décharge, il n’est pas aidé par une animation dont les contours semblent encore à définir. Très agacé de devoir débuter sur le banc face à Séville, nul doute que Jonathan Ikoné devra retrouver une partie de sa splendeur d’antan pour trouver une porte de sortie. Aujourd’hui, la Bundesliga semble être le championnat qui lui conviendrait le plus. La rencontre avec un entraîneur allemand sera-t-il le déclic pour lui ? Toujours est-il que du talent, le titi parisien en a. Il n’y a plus qu’à.